Tout d'abord je n'arrête pas Burlesque Corner, le fait est que je manque un peu de temps pour l'entretenir et je cherche un moyen de le faire vivre sans trop empiéter ni sur mes temps de repos ( sans faire pleurer dans les chaumières, j'ai un problème cardiaque depuis l'enfance qui dégénère un peu plus avec l'âge, et l'été dernier je me suis carrément fait peur) ni sur mes temps de travail parce qu'il faut bien que je mange.
En suite je suis toujours une grande fan de Burlesque et je continuerai de le défendre. Pour moi il ne s'agit pas d'une question de mode, ça correspond à ma culture personnelle au même titre que la musique ou le tatouage. Sauf que sur ces deux derniers thèmes beaucoup de choses ont déjà été écrites et dites. Pas sur le Burlesque et je me rends compte qu'en fait il y a même un manque de ce côté là.
Les interviews, les portraits c'est bien mais je crois que ça ne répond pas à toutes les questions d'une part et de l'autre ça reste trop politiquement correct. Pour que quelque chose évolue il faut parfois oublier d'être juste gentille et polie, je vais même plus loin je crois qu'ouvrir le débat ne peut être que salutaire à la fois pour les personnes qui pratiquent mais aussi pour le publique qui gobe ce qu'on lui donne. La remise en question est le meilleur moyen d'évoluer dans le bon sens, ou au moins d'essayer de la faire.
Avant de vous donner à lire l'intégralité de mon texte, je veux juste ajouter que dans mes prochaines notes je vais approfondir les problématiques que j'esquisse ici. Prenez donc ce texte comme une sorte d'introduction à un questionnement plus poussé et mieux charpenté.
Ensuite si de temps en temps je continuerai à publier des interviews " classiques " j'ai aussi envie de passer dans un mode plus critique sur ce que je vois. Je ne veux pas devenir une sorciére attention, mais juste donner un avis honnête, certes subjectif puisque c'est le mien, sur burlesque. Faire part de mon ressenti.
Je vous laisse maintenant lire le texte qui à déclenché pas mal de réactions :
J'avais prédit en ouvrant burlesque corner qui 'il faudrait deux, trois ans pour voir ce qu'il adviendrait du burlesque en France et on y est.
Le bilan est pour ma part très mitigé, voir mauvais. Le fait est qu'ici, chez nous nous avons peu de réelle effeuilleuses burlesques ou new burlesque de qualité.
Autant voir du pole dance.
Pour dire vrai je n'en peux plus de ses troupes qui se montent et qui donnent des spectacles souvent très ratés, je ne peux plus voir ces costumes mal pensés, ces gestes approximatifs à la sensualité de poubelle, ces effeuillages qui ne sont que des strip tease de gogo danseuses de boite de nuit.
Sans oublier ce courant qui me hérisse le poil qui consiste à se désaper à la vitesse de la lumière. Si on compare les performances on constate que là ou certaines sont déjà à poil d'autres ont a peine enlevé une cape ou un gant.
Faut dire qu'avec les costumes qui vont avec ce speed burlesque, ça va vite. La plupart de ces filles arrivent déjà presque déshabillées sur scène là ou les vraies ont vraiment bossé leur costume de la tête au pied, ou chaque élément est pensé POUR teaser. Prenons les exemples à Lada Redstar, Lily Deslys ou Miss Anne Thropy. Il faut les voir sur scène, et là tu comprends ce qu'est le vrai burlesque.
Un show burlesque et peut être encore plus New burlesque c'est avant tout raconter une histoire. Ce n'est pas seulement enlever des fringues vaguement customisées en faisant des grimaces comme si tu faisais une gastro devant un public, c'est plutôt de le happer, de le titiller, parfois de le faire rire et sourire. Si ce n'est pas le cas, soyons clairs, autant aller dans un club de strip où au moins les filles font des trucs de fou en pole dance, au moins c'est un show.
Les cours ou la multiplication des petits pains
Soyons clairs plusieurs facteurs entrent en jeu pour faire de la scène burlesque française une scène médiocre. D'abord le nombre incroyable de cours de burlesque qu'il y a en France. Chaque ville a ses cours de burlesque c'est fascinant.
Ok, je comprends fort bien que donner des cours ça rapporte. Je conçois très bien que pour arrondir ses fins de mois c'est bien pratique de passer quelques heures à prodiguer des conseils. Ceci dit il y a le revers de la médaille.
D'une part on forme des filles qui monteront pour certaines sur scène. Soit, mais le problème c'est que le plupart d'entre elles n'auront jamais rien à y faire à par se griser vaguement du fait d'être là devant un public. Elles oublient que prendre trois cours ne te donne pas le sésame pour être l'effeuilleuse du siècle et que le burlesque, comme tout, ça se bosse, ça se construit sur des bases solides en danse, parfois en chant, voir en théâtre. Une effeuilleuse que j'aime beaucoup, avec une solide formation en danse était dégoutée de voir à quel point ont faisait monter sur scène des quiches qui n'ont aucun sens du rythme. Je ne peux qu'être d'accord. Le but de ces cours ce n'est pas forcément de monter sur scène mesdames, c'est un peu comme si moi je prenais trois cours de cuisine et que j'ouvrais un restau, ça n'a pas de sens.
Dans ce même esprit ce n'est pas parce qu'une fille a pris ses trois cours et est montée deux fois sur scène qu'elle est mûre à son tour pour donner des cours. Je suis toujours hallucinée de voir combien de débutantes avec à peine un an de scène dans les dents se targue d'enseigner. Enseigner quoi ? tes propres erreurs, ta propre incapacité à être une vraie effeuilleuse alors que toi même tu n'es qu'à peine sortie de l'œuf, et encore pour certaine la coquille n'est même pas encore brisée.
Du coup on reconnait carrément les courants et je suis capable de dire avec qui les filles on pris des cours. C'est plus ou moins flagrant, mais facile tellement se répètent les tics de scène de l'effeuilleuse Alpha. C'est clair que chacun a sa façon de faire mais de là à les démultiplier encore et encore, jusque dans le style de costume de scène ça devient vraiment lassant. Les filles sont tellement moulées dans une école qu'en sortir est carrément un challenge que peu relèvent, soit par admiration, soit par incapacité soit par les deux qui est le cas le plus fréquent.
Qu'on enseigne le burlesque oui, mais ce serait bien aussi d'apprendre aux filles qu'elles ont des limites et une personnalité propre qui demande peut être à s'exprimer plutôt que d'être une énième copie de l'enseignante. Mais surtout leur apprendre qu'elles ont des limites, avant tout.
La thérapie, la plaie du burlesque
L'autre plaie du burlesque c'est de faire croire aux filles que pratiquer l'effeuillage va les sauver de tous leurs complexes et que quelque soit ton physique tu peux monter sur scène. Hélas, la question ne se pose pas en terme de physique mais en terme de talent. Il y a toutes sortes de physiques chez les effeuilleuses mais si tu es une bille que tu sois grande ou petite, grosse ou maigre ça ne changera absolument rien au fait que tu es nulle ou pas. Prenons l'exemple de Selene Luna, je choisis un exemple extrême de physique " difficiles " (mais aussi parce que Selene est une pionnière du New Burlesque, elle a été un membre fondateur du Velvet Hammer Burlesque) Atteinte de dysplasie spondyloépiphysaire congénitale, une forme de nanisme engendrant aussi des malformations du squelette, Selene Luna fait pourtant une remarquable carrière. Je la trouve incroyable. Le truc c'est qu'elle ne fait pas du burlesque (elle ne fait d'ailleurs pas que ça) sous le seul couvert de thérapie, de meilleure appréhension de son corps mais elle allie ça à un activisme qui va plus loin que l'egotisme. Oui bien entendu à la base c'est une forme de thérapie sauf que Selene est passée en mode catharsis. Elle sait sublimer les choses pour les transformer et du même coup ouvrir son discours sur d'autres formes de revendications.
En France on est loin de ça, sans même parler d'un discours aussi activiste que celui de Selene Luna, on reste dans un discours très basique qui consiste à dire que si tu exhibes tes bourrelets réels ou imaginaires tu vas apprendre à mieux accepter ton corps et que wow wow, tu auras fais un grand pas pour combattre tes démons. Mais dans le fond, ah non il n'y a pas de fond, parce que justement ici, le fond on l'oublie, on oublie qu'une thérapie c'est aussi une sublimation de nos souffrances, de nos revendications ou de nos peurs. C'est pas juste se montrer en petit culotte et pompons sur les tétons, c'est creuser plus profondément pour se mettre a nue plus qu'à nue.
Mais pour ça il faut qu'il y ait catharsis sinon ça ne marchera jamais et ça ne donnera qu'un show lamentable tenant plus de l'exhibitionnisme. Autant faire une bonne psychothérapie et revenir avec les idées claires. J'ai parfois été vraiment gênée de voir sur scène des filles qui passaient par ce stade là. On sent tellement le malaise qu'on a envie de leur filer notre manteau et de les emmener dans les loges pour la consoler. Ici on apprend à se désaper, souvent mal, mais surtout pas à réfléchir sur ce qu'on a vraiment envie de faire passer comme message. Pourtant on peut s'effeuiller et raconter un truc qui prend aux tripes. Chez nous mis à part les Kisses Cause Troubles et plus particulièrement Inga la Douce je n'ai pas vu beaucoup de nanas se mettre en danger et oser des choses qui viennent des tripes. Je souligne que l’on n’a pas besoin pour autant d'être aussi extrême, au contraire je crois aussi qu'on peut faire un burlesque moins agressif mais qui est débarrassé du malaise par le travail sur la sensualité ou la douceur. Sublimer son malaise peut être fait de différentes façons mais le point commun c'est d'oublier qu'on est là pour sa thérapie.
Belgique en force:
Je reste à l'affut, je continue à voir comment le burlesque évolue en France. Pour l'instant je ne suis pas convaincue que ce soit une pratique qui va s'épanouir tant qu'elle devient aussi normative et nivelée vers le bas. Pour l'instant je vois surtout beaucoup de filles qui se donnent des frissons dans des shows à la qualité douteuse, et en plus qui pêtent souvent leurs paillettes plus haut que leur cul. La modestie aussi joue dans la qualité. Etre convaincue d'être une étoile c'est se planter à coup sûr, jamais de remise ne question, jamais d'innovations, jamais rien quoi...
Je vois aussi les scènes Suisse, Allemande ou Belges, d'ailleurs la scène Belge pour l'instant est une des plus intéressantes jeunes scènes du moment. Espérons qu'elle ne suive pas la même voie que la scène française.
Une chose est sure je suis démotivée pour le moment pour continuer a travailler sur Burlesque Corner, mais j'aime toujours le burlesque. Mais pas franchement le made in France sauf les exceptions qui confirment la règle. Elles se reconnaitront même si je ne les ai pas toutes citées, enfin j'espére.
Je sais aussi que ce texte donnera surement lieu a une petit polémique, allez y vous avez le droit, je suis assez détachée de la chose pour en discuter de façon posée. Je pense que c'est aussi pour cette raison que je me sentais prête à pondre ce texte auquel je pensais depuis longtemps.














